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Le diviseur : le cœur secret du carreau de ciment

Mis à jour le · 4 min de lecture

Le diviseur : le cœur secret du carreau de ciment

Si le carreau de ciment a un cœur, c’est le diviseur. Cet outil discret, qu’on ne voit jamais sur le carreau fini, est celui qui rend possible tous les motifs, toutes les couleurs, toute la magie visuelle du carreau de ciment.

Comment ça marche

Le diviseur est un pochoir tridimensionnel — une grille de fines cloisons verticales qui épouse les contours du motif. Placé dans le moule, il crée des compartiments étanches. L’artisan remplit chaque compartiment avec une couleur différente. Quand il retire le diviseur d’un geste vertical, les pâtes colorées se rejoignent bord à bord et forment le motif.

Chaque motif a son propre diviseur. Un atelier qui a 100 motifs au catalogue possède 100 diviseurs. C’est un patrimoine d’outillage considérable.

La fabrication traditionnelle

Traditionnellement, le diviseur est fabriqué en métal soudé à la main par un artisan spécialisé — un travail de dinandier ou de ferronnier. De fines lamelles de métal sont découpées, pliées et soudées (souvent brasées à l’étain) pour reproduire les contours du motif avec une précision millimétrique.

Le métal varie selon les régions et les époques. Historiquement du bronze de fonderie (très rigide, très cher), puis du cuivre. Aujourd’hui, au Maroc, on utilise surtout du laiton — plus souple mais économique et facile à souder. Au Mexique et au Vietnam, c’est plutôt de l’acier galvanisé — plus rigide.

Un diviseur métallique peut prendre entre une journée et une semaine de travail à un artisan spécialisé, selon la complexité du motif. C’est un investissement en temps et en argent : entre 60 et 150 € selon le pays et le motif, parfois plus.

L’innovation César Bazaar : l’impression 3D

C’est l’une des innovations dont je suis le plus fier. Chez César Bazaar, j’utilise l’impression 3D pour fabriquer mes diviseurs en plastique.

Pourquoi c’est une révolution

Rapidité : je peux prototyper un nouveau diviseur en quelques heures, contre une journée à une semaine en métal. Un client me demande un motif le lundi, il a un prototype de carreau le mercredi.

Coût réduit : fabriquer un diviseur métallique pour 20 carreaux de remplacement (dans le cadre d’une réfection de carreaux anciens) serait économiquement absurde. En impression 3D, ça devient viable.

Liberté créative : c’est là que ça change tout. Avec des diviseurs métalliques coûteux, on réfléchit à deux fois avant de créer un nouveau motif — il faut être sûr qu’il se vendra pour amortir l’outil. Avec l’impression 3D, on peut expérimenter librement, tester des motifs artistiques, se tromper, recommencer. Le carreau de ciment redevient un vrai médium de création, pas juste un produit commercial.

La stratégie hybride

Pour les petites productions et le prototypage : diviseurs en plastique imprimés en 3D à Pantin. Rapide, flexible, économique.

Pour les grandes séries : une fois le prototype validé en France, on fabrique un diviseur métallique au Maroc pour la production en volume. Le métal est plus durable pour des centaines de pressages.

C’est exactement ce que j’ai fait pour les carreaux d’une chapelle : prototype 3D en quelques jours à l’atelier, validation avec le client, puis production de dizaines de m² au Maroc avec un diviseur en laiton.

Les limites du diviseur

Il y a une limite physique à ce qu’on peut faire : pas de dégradés fondus. Chaque couleur est séparée par une cloison — le résultat est toujours en aplats nets. C’est d’ailleurs ce qui donne au carreau de ciment son esthétique graphique si reconnaissable.

Si les cloisons sont trop rapprochées, la pâte (assez visqueuse) a du mal à pénétrer dans les interstices. Plus un motif est détaillé, plus il faut de la dextérité et plus le risque de défauts augmente.

Un brassage culturel

Il n’y a pas de terme officiel universel pour le diviseur. On dit “trepa” en Espagne, “diviseur” ou “séparateur” en France, “matrice” ailleurs. J’appelle la couche d’usure “la couleur” ou “la pâte à crêpes”. Le dos du carreau, je l’appelle “le biscuit”. Chaque artisan invente ses mots.

C’est ça qui est beau dans cet artisanat : la tradition a disparu de France (il n’y a plus de lignée ininterrompue de fabricants), donc on réinvente tout. C’est un brassage culturel mondial — un mélange d’héritage français, espagnol, marocain, vietnamien, mexicain, indien. Il n’y a pas de vieux barbu qui viendra nous expliquer la “vraie” tradition. On est libres.


Cet article fait partie du guide de la fabrication par César Bazaar. Pour aller plus loin : Le processus de fabrication · Coût d’une reproduction sur mesure · Refaire à l’identique

Portrait de César Bazaar

L'expertise César Bazaar

Chaque chapitre de cette encyclopédie est le fruit d'un travail de recherche et d'expérimentation passionné dans mon atelier. J'ai parcouru le monde entier pour apprendre tout ce que je pouvais sur les carreaux de ciment, et j'essaye, ici, de vous le retranscrire au mieux 🥰

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Crédit photo : Gabrielle Gayraud

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