Rénovation

Faire refabriquer des carreaux de ciment anciens à l'identique

Mis à jour le · 5 min de lecture

Faire refabriquer des carreaux de ciment anciens à l’identique

C’est le cœur de mon métier chez César Bazaar, et c’est un sujet qui me passionne : reproduire des carreaux de ciment anciens pour que les pièces manquantes se fondent dans un sol d’époque comme si elles avaient toujours été là.

Tout carreau de ciment est reproductible. La question n’est pas “est-ce possible ?”, mais “quel niveau de fidélité recherche-t-on ?”.

Comment ça fonctionne

Le diviseur : le cœur du processus

Pour reproduire un motif, il faut d’abord fabriquer un diviseur — un pochoir tridimensionnel qui sépare les différentes couleurs dans le moule au moment du coulage. Traditionnellement, les diviseurs sont fabriqués en métal (laiton, bronze, cuivre) soudé à la main. C’est un processus long et coûteux.

Chez César Bazaar, j’ai une approche différente : j’utilise l’impression 3D pour concevoir mes diviseurs en plastique. C’est plus rapide, moins cher, et ça rend la reproduction accessible même pour de petites quantités — là où un diviseur métal traditionnel rendrait l’opération financièrement prohibitive pour quelques carreaux.

Pour les grandes commandes, une fois le prototype validé en France avec le diviseur 3D, la production peut être lancée dans mes ateliers partenaires au Maroc avec des diviseurs en métal, mieux adaptés aux grandes séries.

La recherche de couleurs

Le carreau est reproduit en coulant manuellement les pâtes pigmentées dans les compartiments du diviseur, couleur par couleur, exactement comme pour n’importe quel carreau de ciment. La difficulté, c’est de retrouver les bonnes teintes.

Mon nuancier compte environ 180 couleurs. Pour une reproduction standard, on choisit les teintes les plus proches dans le nuancier. Pour une reproduction plus poussée, on fait des mélanges spécifiques, on coule des prototypes, et on compare après séchage complet — parce que la couleur change entre l’état frais et l’état sec. Ça demande plusieurs cycles d’essais.

Les niveaux de fidélité

Tous les projets ne demandent pas le même degré de précision. Voici les niveaux que je propose :

Standard (motif + couleurs approchantes) : reproduction du diviseur et choix des couleurs les plus proches dans mon nuancier de 180 teintes. Rapide, économique, parfait pour les grandes surfaces ou les projets où une ressemblance générale suffit.

Recherche colorimétrique : tests de mélanges spécifiques, coulée de prototypes, comparaison après séchage complet. On affine les couleurs jusqu’à obtenir la meilleure correspondance possible.

Recherche granulométrique : on modifie la composition même du carreau — les dosages de ciment, les types de sables — pour retrouver le “grain” visuel de l’ancien. Parce que le grain d’un carreau de 1900 n’est pas le même que celui d’un carreau fait avec les matériaux d’aujourd’hui.

Post-traitement et usure : polissage mécanique pour simuler l’usure naturelle, création de “fausses usures” individuelles, recherches sur le cirage à l’ancienne. C’est le niveau le plus poussé — le carreau neuf doit être invisible au milieu de carreaux centenaires.

Le travail d’orfèvre

Certains projets de haute précision peuvent durer plus de 8 mois. Pour qu’un carreau neuf se fonde dans la masse au milieu de carreaux anciens isolés, il faut parfois passer par 8 cycles de production de tests différents : composition, couleur, ponçage, patine. Jusqu’à obtenir l’invisibilité visuelle.

C’est de l’artisanat d’art. C’est long, c’est exigeant, c’est magnifique.

L’envoi d’un échantillon physique

Pour toute demande de reproduction, les photos ne suffisent pas. Les couleurs varient selon l’éclairage, l’écran, l’angle de prise de vue. Le seul moyen d’effectuer une comparaison fiable est de disposer d’un échantillon physique du carreau à reproduire.

Envoyez-moi un carreau (même cassé, même abîmé) : c’est la base de travail indispensable pour garantir le meilleur rapprochement colorimétrique possible.

Deux approches selon le projet

Le travail patrimonial (à Pantin) : pour les répliques ultra-précises nécessitant une technique proche de l’ancien. Presse manuelle, recherche poussée de couleurs et de granulométrie, post-traitement. Les petites quantités, les projets de restauration de monuments, les demandes très spécifiques.

La production de surface (prototype à Pantin + fabrication au Maroc) : pour des surfaces importantes (par exemple 40 m² pour une chapelle). Je réalise le prototype à Pantin, on valide ensemble le motif et les couleurs, puis la production est lancée dans mes ateliers partenaires au Maroc pour optimiser les coûts, tout en conservant la fidélité du résultat.

La réalité des coûts

Soyons transparents : le prix dépend entièrement du niveau d’exigence et de la quantité.

Pour une production de volume (grandes surfaces), le prix au m² reste proche de celui d’un carreau standard. Les frais de mise en place (moule, recherche couleur) sont lissés sur la quantité.

Pour une réplication sur mesure (20 carreaux de remplacement pour un sol existant), le prix est nécessairement plus élevé. On ne paie pas seulement un produit — on paie des heures de recherche, de tests, de main-d’œuvre experte. C’est de la conservation du patrimoine, et ça a un coût en adéquation avec le travail investi.

C’est un investissement logique : ce travail sur mesure garantit que la réparation sera invisible et que la valeur historique de votre sol sera préservée.

Les délais

Les délais varient selon la complexité du projet et la saison (le séchage naturel prend plus de temps en hiver). Pour une reproduction standard : comptez 4 à 8 semaines. Pour un projet patrimonial complexe : plusieurs mois, parfois plus de 8 mois pour les répliques les plus exigeantes.

Contactez-moi

Si vous avez un projet de reproduction, envoyez-moi des photos détaillées et idéalement un échantillon physique à l’atelier de Pantin. Je vous dirai rapidement ce qui est faisable, à quel niveau de fidélité, et dans quel budget.

📧 coucou@cesarbazaar.com 📍 190 avenue du Général Leclerc, 93500 Pantin


Cet article fait partie du guide de la rénovation des carreaux de ciment par César Bazaar. Pour aller plus loin : Remplacer des carreaux manquants · Trouver des carreaux assortis · Comment est fabriqué un carreau de ciment

Portrait de César Bazaar

L'expertise César Bazaar

Chaque chapitre de cette encyclopédie est le fruit d'un travail de recherche et d'expérimentation passionné dans mon atelier. J'ai parcouru le monde entier pour apprendre tout ce que je pouvais sur les carreaux de ciment, et j'essaye, ici, de vous le retranscrire au mieux 🥰

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Crédit photo : Gabrielle Gayraud

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