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Les pigments et couleurs des carreaux de ciment

Mis à jour le · 4 min de lecture

Les pigments et couleurs des carreaux de ciment

La couleur d’un carreau de cimen n’est pas peinte. C’est dans la masse qu’elle est coulée — dans la couche d’usure. On fabrique un mortier coloré que l’on coule, compartiment par compartiment dans le diviseur. C’est pour ça qu’on peut rénover un sol ancien : tant qu’il reste de la matière colorée, il reste de l’avenir.

Deux grandes familles de pigments

Les pigments « minéraux » (souvent des oxydes)

On pense surtout aux oxydes de fer pour les jaunes, oranges, rouges, et aux oxydes de manganèse pour les noirs et certains gris. Ce sont des pigments qui ont une tenue lumineuse souvent excellente — le soleil les abime très peu.

Les pigments de synthèse (bleus, verts, violets…)

Aujourd’hui, on ne travaille plus comme au XXe siècle avec des pigments soit toxiques, soit trop chers (chrome, cobalt, lapis asuli…). Les pigments modernes permettent des bleus/verts/violets splendides, plus sûrs, plus constants, plus accessibles.

Ils peuvent être un peu plus sensibles aux UV pour certain que les terres et oxydes classiques — mais dans une maison, derrière les notre vitre qui filtrent les UV on a peut de soucis à se faire - et comme je dis souvent à mes clients, ces carreaux vont nous enterrer et vieilliront moins vite et mieux que nous 😅.

L’ennemi silencieux : l’alcalinité du ciment

Le ciment, quand il est activé par l’eau, devient très basique. Si vous mettez n’importe quel pigment dedans vous pouvez avoir des surprises : fading, migration, instabilité. J’ai même eut des cas où le pigment empéchait le ciment de durcir correctement 🤯

D’où la une premère règle simple : il faut utiliser des pigments spéciaux pour ciment.

Mais pas que ! Les vendeurs de pigments peuvent être des petits menteurs ! Il faut donc toujours tester les pigments ! C’est pourquoi je fais des tests de résistance à l’alcalinité.

Une petite anecdote personnelle

Pour la petite anecdote, quand j’ai commencé à fabriquer des carreaux de ciment, j’ai perdu 4 à 5 mois à cause d’un problème de pigment sans même m’en rendre compte.

Comme beaucoup, j’étais fan du bleu outre-mer. J’adorais cette teinte et, pour m’entraîner à trouver la recette parfaite, je faisais tous mes tests avec cette couleur. On m’avait vendu un pigment présenté comme “spécial ciment”, un peu dans l’esprit du bleu Klein.

Je notais scrupuleusement toutes les variables, comme un vrai scientifique, en testant des centaines de recettes. Le problème, c’est que les couleurs du carreaux finissaientt toujours par décolorer. J’étais persuadé que c’était ma recette qui était mauvaise.

C’est seulement après plusieurs mois que j’ai fini par tester une autre couleur… qui, elle, ne bougeait pas.

Ma leçon : ne jamais croire les fiches produits En réalité, le pigment bleu était simplement de mauvaise qualité et inadapté au ciment, malgré ce que prétendaient les fournisseurs. Depuis cette expérience, je ne fais plus du tout confiance aux vendeurs de pigments et je vérifie tout moi-même.

Aujourd’hui, j’ai installé dans ma cave des lampes UV et des lampes à lumière blanche. Je réalise mes propres tests de résistance :

  • Exposition pendant plusieurs jours ou semaines.
  • Tests sous vitre ou avec filtre UV.
  • Mesure précise de la décoloration et de la résistance à l’alcalinité.

C’est le seul moyen d’être certain de la qualité finale de mes carreaux.

La couleur change entre le moule et le salon

Un détail que j’adore expliquer aux clients : la couleur fraîche n’est pas exactement la couleur sèche. Le ciment, l’eau, la densité, la lumière : tout ça bouge la perception.

De plus : deux carreaux du même batch peuvent avoir une microdifférence — parce que c’est de l’artisanat, pas une imprimante.

C’est pourquoi, quand on me demande de copier exactement la couleur d’un autre carreau ou d’une peinture, c’est très complexe. Comme le carreau frais ne montre pas sa teinte définitive, il faut attendre qu’il durcisse et sèche pour voir le résultat.

Cela demande du temps et de l’argent si on doit multiplier les essais. C’est pour ça que je conseille toujours aux clients de ne pas chercher la couleur identique, mais plutôt celle qui s’accorde bien avec leur projet.


Cet article fait partie du guide de la fabrication par César Bazaar. Pour aller plus loin : Chaque carreau est unique · Artisanat vs industrie · Sans cuisson : comment ça durcit

Portrait de César Bazaar

L'expertise César Bazaar

Chaque chapitre de cette encyclopédie est le fruit d'un travail de recherche et d'expérimentation passionné dans mon atelier. J'ai parcouru le monde entier pour apprendre tout ce que je pouvais sur les carreaux de ciment, et j'essaye, ici, de vous le retranscrire au mieux 🥰

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Crédit photo : Gabrielle Gayraud

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