Les joints des carreaux de ciment : type, couleur, application
Le jointoiement, c’est l’une des étapes les plus sensibles de la pose. Pas parce que c’est compliqué en soi, mais parce que le moindre écart peut tacher vos carreaux de manière irréversible. Votre carreleur connaît son métier — faites-lui confiance, surtout quand il vous dit de ne pas mettre de joints colorés.
La règle d’or : joint neutre uniquement
C’est catégorique, sans exception : jamais de joint coloré sur des carreaux de ciment. Pas de noir, pas d’anthracite, pas de rouge, pas de vert. Jamais.
Pourquoi ? Le carreau de ciment est poreux. L’eau du joint sert de véhicule : elle transporte les pigments concentrés du joint teinté directement dans les pores du carreau. Au séchage, ces pigments restent emprisonnés dans la masse. Le résultat : des bords de carreaux irrémédiablement tachés, un contraste ruiné, un sol gâché.
Les couleurs recommandées : gris ciment, gris clair, blanc, sable. Discret, sûr, élégant.
La largeur du joint
Finesse et discrétion : 1 à 2 mm pour une pose au sol classique (l’épaisseur d’une spatule). On veut que le joint soit presque invisible pour ne pas rompre la continuité des motifs.
Sur un plancher chauffant : 2 à 3 mm avec un joint souple pour absorber les dilatations thermiques.
Sur un mur ou une crédence (pose à la colle de montage) : bord à bord, sans joint. C’est l’avantage de la pose simplifiée.
Protéger avant de jointer
Avant d’appliquer le moindre joint, il faut avoir posé une première couche fine de bouche-pores. C’est cette couche qui crée une barrière temporaire empêchant l’eau chargée de ciment du joint de pénétrer dans les pores du carreau.
Sans cette protection, même un joint neutre peut laisser des traces de laitance difficiles à éliminer. Avec la protection, le risque est drastiquement réduit.
Comment appliquer les joints correctement
Le jointoiement se fait par petites surfaces — pas plus d’un mètre carré à la fois. Humidifiez légèrement la surface avec une éponge propre avant d’étaler le joint pour faciliter la pénétration dans les interstices. Appliquez à la spatule ou à la raclette en caoutchouc, en limitant la pâte à l’espace entre les carreaux.
Le nettoyage des excédents doit être immédiat. N’attendez pas que le joint sèche sur la surface du carreau. Éponge humide, gestes doux, rinçage fréquent. Et surtout, changez l’eau très souvent — une eau sale chargée de pigments de joint peut contaminer les carreaux clairs (voir notre article sur la contamination des couleurs contrastées).
Et les joints époxy ?
Les joints époxy (à base de résine) sont imperméables et très résistants à l’eau. En théorie, c’est la solution idéale pour les douches et salles de bain.
En pratique, je trouve ça hyper dangereux sur des carreaux de ciment. La résine époxy, si elle sèche à la surface du carreau, polymérise et forme un voile quasiment impossible à retirer sans abîmer la couche décorative. Ça ne pardonne pas la moindre erreur d’application.
Si votre carreleur est un vrai spécialiste du carreau de ciment et qu’il maîtrise parfaitement l’époxy, pourquoi pas. Sinon, un bon joint minéral neutre avec une protection bouche-pores correcte fait très bien le travail, même en salle de bain.
Ce qu’il ne faut jamais faire
Ne jamais nettoyer les excédents de joint à l’acide : vinaigre, acide chlorhydrique, anticalcaire — ces produits rongent le marbre contenu dans le carreau. Si un voile de laitance persiste après séchage, utilisez le FILA PS87 PRO ou un éliminateur de voile blanc non acide, ou un léger ponçage à l’eau au grain 400-600.
Cet article fait partie du guide complet de la pose des carreaux de ciment par César Bazaar. Pour aller plus loin : Protection avant jointoiement · Contamination des couleurs contrastées · Nettoyage de fin de chantier